Les pierres du Château de Saint-Maurice, véritables disques durs d’un temps révolu, accueillent jusqu’au 17 novembre sa majesté des ténèbres, Dracula.

Que ceux qui n’aiment pas le sang humain passent leur chemin! Ici, il est question d’hémoglobine, de globules, de dents rouges, de corps féminins alanguis et de cous percés.

Devenu mythique depuis sa popularisation par Bram Stoker au XIXème siècle, le vampire rusé est une légende visuelle qui se décline en ces murs avec l’appui de nombreux documents d’archives. Affichettes, peintures, dessins, découpages, extraits de films, le Comte n’en finit pas de séduire l’œil avec sa silhouette noire totalement graphique, en témoigne l’œuvre d’Andy Warhol tirée des «Myths».

Sérigraphie d'Andy Warhol représentant Dracula

On ne pouvait trouver mieux que ce château de Saint-Maurice, terreau parsemé de croix en bois qui dépassent comme des poteaux télégraphiques au gré des vallons, pour accueillir ce grand suceur de sang.

Image du film Dracula de Tod Browning

«Les miroirs sont breloques trompeuses», ainsi circule-t-on dans la nuit avec une lampe de poche-crucifix, découvrant des œuvres actuelles comme des photographies anciennes d’acteurs transylvaniens qui ont interprété ce rôle. Max Schreck pour Murnau, Kinski pour Herzog, Christopher Lee pour Terence Fisher, Bela Lugosi pour Tod Browning ou l’inquiétant Jack Palance dans le téléfilm américain réalisé par Dan Curtis.Dessin de Philippe Druillet représentant DraculaAu fil de cette déambulation passionnante, «cheminement à travers la représentation cinématographique et graphique d’un vampire de légende», on peut aussi revoir des extraits de films, découvrir une peinture à l’huile du portrait de Vlad Tepes ou des œuvres plus contemporaines de Crepax ou Druillet, s’émerveiller devant des affiches de films mythiques qu’on punaiserait bien dans son salon comme «Le Cauchemar de Dracula» de Peter Cushing voire admirer des pochettes de disque: «Count Dracula» de l’excellent groupe de Krautrock berlinois Birth Control.

Tous les ingrédients sont là, l’ail et l’aubépine, l’eau bénite et les fioles de sang humain, les hosties ainsi que des chauves-souris dont ce spécimen empaillé totalement incroyable d’une femelle beige clair allaitant son petit…

Au même titre que le loup et le père fouettard, l’univers du vampire immortel nous est familier et on se souvient surtout avec un frisson inoubliable du chef d’œuvre intitulé sobrement «Dracula» avec lequel F.F. Coppola avait enflammé la planète en 1992, choisissant pour acteurs le mythique Gary Oldman – qui lèche des lames ensanglantées avec une gourmandise ténébreuse – et Winona Ryder en poupée élue, vouée à la destruction.


L’exposition Dracula au Château de St-Maurice est à voir jusqu’au 17 novembre 2019.