David Prêtre: le pouvoir infini du rectangle

Membre de l'agence de photographies Strates, David Prêtre a le troisième œil, celui de l'angle. Qu'il prenne en image les habitants du Sri Lanka après le tsunami ou un philosophe de la région, un coq en Inde ou des parachutes au sol, le vivant semble émaner de chaque prise de vue. Esthétisme, poésie, recherche, la simplicité est son royaume, à la fois coloré et profond.

Dès qu'on met un pied dans l'univers de l'artiste, on devient accro, un peu comme s'il distillait des paillettes spectrales de «reviens-y». Electrique boum-boum sans poudre aux yeux, flashy but not bling, énorme sans jamais d'emphase, centré dans son œil-chercheur, il distribue ses offrandes visuelles, père noble de l'anti-cliché. Les pèlerins oculaires qui suivent son travail dans «L'événement syndical» une photo/un texte savent de quoi on parle. (Ici, ici, ici et ici)

Car on ne peut faire l'impasse sur ce qu'on pourrait appeler son humour mais qui se rapproche plutôt d'un esprit de situation, de celui qui guette les âmes sensibles et pointe à chaque éternuement de déclic.

Avec David Prêtre, tout est aventure, même de boire un verre d'eau, on imagine alors aisément que les portraits effectués pour la sortie de «Sorbet d'abysses» en 2015 n'ont pas été banals. Le photographe m’a donné rendez-vous de nuit pour une aventure de lumières conjuguées, flash intense et lampe de poche pour apprivoiser la timidité des ombres.

C’est aussi David qui a réalisé la couverture de «Sorbet d’abysses», totalement par hasard. Désirant boire un verre de lait, ouverture du frigidaire au milieu de la nuit, le berlingot lui a échappé pour égayer le carrelage. Capture de l’explosion, cet instant immortalisé a donné une couverture à la fois énigmatique, symbolique, aussi concrète qu’abstraite, en plein dans le mille.