L’exposition qui se tient jusqu’au 26 janvier 2020 au Mudac nous convie à un fait de société incontournable: l’avènement des sneakers.

Dans le documentaire réalisé en 2005 par Thibaut de Longeville et Lisa Leone, «Sneakers, le culte des baskets», Mathieu Kassovitz le confirme: «La basket est au Hip-hop ce que la croix est à la religion». C’est donc dans un sanctuaire réparti en deux salles multicolores que nous entrons, où sont présentées des dizaines de baskets iconiques, allant de la simple paire blanche à la noire la plus folle, proche du gigantisme, de Rick Owens.

D’abord godasse de sport, elle est devenue un accessoire de mode et de passion comme en témoignent de nombreux collectionneurs dont le rappeur-DJ Grandmaster Caz qui avoue que «rien n’est au hasard». Tel un bijou, l’accessoire se conforme aux couleurs de l’habillement et termine le look, aussi indissociables que la fève et le Pithiviers. Dans les cités des années 80 les jeunes sans moyens changeaient seulement leurs lacets à défaut de changer carrément de baskets. Plus tard les lacets ont eux aussi disparu, clin d’œil référentiel aux prisonniers, des gars de la rue souvent derrière les barreaux.

Basket avec tissu à déchirer

Les baskets n’ont cessé d’évoluer et c’est là leur force. Symboles de la street, elles se sont mutées en doublant d’intérêt général grâce aux multiples collabs. En 1984 puis en 1990 Leonard Hilton McGurr aka Futura 2000, un des premiers grapheurs new-yorkais, réalise diverses collaborations avec Converse, North Face ou Suprême. En 2003 Nike s’associe à Geoff McFetridge. L’artiste multidisciplinaire crée «Vandal» un objet étonnant alliant deux couches de tissus qui permettent au détenteur de déchirer la première couche afin de donner un aspect destroy perso. Atmos et Nike feront fureur avec «Air max one animal pack» une sorte de bestiole poilue entre zèbre et léopard…

Basket à imprimé léopard et zèbre

Des dizaines d’alliages réjouissent les passionnés qui se ruinent pour empiler les boîtes recelant les objets mythiques. Les plus grands noms de la mode s’associent, Raf Simons, Maison Margiela, Christian Louboutin, Vuitton ainsi que les stars du rap, Kanye West ou le Wu-Tang Clan. En 1999 la «Dunk high Wu-Tang» de Nike, jaune et noire en référence à l’album du Wu-Tang Clan «Swam» est la première union entre du sportswear et un artiste. 40 exemplaires distribués entre la famille et les amis en font un objet emblématique aussi excitant que le mariage entre le géant rebelle Michael Jordan et Nike qui pimentera régulièrement des nouvelles créations qui s’arrachent.

Billie Eilish en baskets

Les espadrilles et autres mocassins font office de charentaises à vapeur, en témoignent aujourd’hui sur Instagram toutes les célébrités qui ne carburent qu’en baskets, les Adidas gazelle pour l’ancienne génération comme Kate Moss qui les représente en 93 puis en 2016 ou de manière plus fresh avec Billie Eilish qui confesse ne pas pouvoir arrêter de porter ses Nike AF1 blanches.

Il était temps de consacrer un espace historique à ces paires de bonheur matériel et au culte voué par toutes les générations à ces objets sortis de simples boîtes de Pandore en carton.

Sneaker Collab, du 19.09.2019 au 26.01.2020 au Mudac, Lausanne