«J’ai beaucoup vieilli, dit Jean-Luc Godard, mais j’ai aussi beaucoup rajeuni». Quand on sait que le cinéaste il y a encore peu de temps était capable de marcher sur les mains, et qu’au gré des interviews il donne l’impression de s’amuser comme un gosse, on est non seulement ravis de l’entendre mais aussi obligés de constater que ce phénomène concerne beaucoup de monde.

Comme l’a aussi exprimé d’une autre manière l’écrivain Jean-Claude Grumberg lors de son passage à la Grande Librairie, «A un certain âge, on devient de plus en plus enfant» et il est vrai qu’en y regardant de plus près, de nombreux parallèles sautent aux yeux comme l’envie de manger mou, de préférer la mie à la croûte, de revisiter les compotes ou de prendre son temps pour enfiler ses chaussures.

Mais les ressemblances ne s’arrêtent pas là. On constate le retour de la sieste ou de divers assoupissements qui surgissent sans crier gare, d’une extension du domaine du sommeil, d’une envie d’être chouchouté voire guidé, d’être pris par la main, sans compter les comptines que les aînés se remettent à fredonner comme si la mémoire, le temps d’une chansonnette, ne leur faisait plus défaut et les reliait d’un coup d’un seul à leur enfance redevenue si proche.

S’y ajoutent le fait d’avoir une peau fine, des cheveux plus clairsemés, un non-besoin de paraître ainsi qu’une puissante envie de s’enfoncer dans un canapé pour regarder un écran, télé pour les anciens, tablette pour les jeunes pousses ou la possibilité de se déplacer en voiturettes, camion en plastique, tricycles ou chaise roulante.

Le retour de l’envie de jouer, associé au temps libre qui surgit comme un boomerang après des années de contraintes offre des instants de partage via le domino ou le scrabble qui rappellent ce besoin de communauté qu’ont les gosses, affairés et mus par la seule et noble envie de jouer.

Age tendre et âge mûr, même combat? Tout le porte à croire si on inclut le besoin de protection que nécessitent ces âges des extrêmes et cet aphorisme que balance Alain Cuny alias «Taureau assis» dans «Touche pas à la femme blanche» du cinéaste italien Marco Ferreri: «Tu es vieux comme un enfant et les enfants ne doivent pas combattre». Enfance et vieillesse, les deux états en dehors de la guerre.

Image tirée du documentaire “Optimistene” du norvégien Gunhild Magnor (2013)