Exaltant et chatoyant, «Romances Inciertos, un autre Orlando» commence dans une semi-obscurité. Les quatre musiciens prodigieux et baroques sont installés. Posés devant eux, leurs instruments d’un autre temps attendent d’être réveillés, attendent que l’artiste apparaisse afin de donner corps et voix à un concert chorégraphique.
Pour nous offrir ces «fragments d’identité», François Chaignaud, et Nino Laisné pour la mise en scène, ont choisi de faire vibrer trois personnages mythiques et androgynes peu connus. A chacun son chant poétique, à chacun sa coiffe ou ses chaussures rehaussées afin de ressentir «l’équilibre-déséquilibre» et de «s’élever avec élégance vers plus de spiritualité» jusqu’au sacrifice.
La Doncella Guerrera est la première, jeune femme partie à la guerre déguisée en homme avec son casque de conquistador, son armure et ses pieds nus qui se tordent en rappelant du butô.
Suit San Miguel du poème de Garcia Lorca et son jupon safran, et son turban d’Odalisque, aussi belle que beau, dressé sur des pointes et des échasses pour un tournoiement d’une élégance folle, bracelets d’esclave aux bras.
Flamenco andalou ou chant sépharade, la musique baroque se mélange aux tournoiements, et virevoltent les cordes de la viole de gambe et du théorbe, et surgissent en petites secousses nerveuses les percussions dont les traditionnelles castagnettes, ainsi que le bandonéon.
Le spectacle est brillant jusqu’au grain de peau de l’artiste qui évolue, habité et caressé par la lumière douce et «les faisceaux d’indices historiques».
L’ultime personnage, la Tarara, apparaît dans les escaliers en grande jupe et perruque noire avec un accroche-cœur. Amoureuse déçue, elle descend les marches lentement pour enlever châle et jupe sur scène, ne gardant que le justaucorps de la fragilité. Dans une ultime passion, elle se donne à son public en lui tendant la main, gitane androgyne perchée sur des talons d’argent.
François Chaignaud chante et joue «Romances Inciertos, un autre Orlando» au théâtre de Vidy du 12.12 au 15.12.2018.
Le spectacle sera à Paris au Théâtre national de Chaillot du 18 au 21 décembre.
Photographies: Christophe Raynaud de Lage